130 jours de tribune pour Boudjellal
La sentence est donc tombée : suite à sa sortie du 8 janvier denier (« sodomie arbitrale »), Mourad Boudjellal se voit interdit d’accès à l’enceinte de jeu (terrain et zone mitoyenne entre le terrain et le public), aux vestiaires (des équipes et des arbitres), ainsi qu’aux couloirs d’accès à ces zones pendant 130 jours (soit jusqu’au 3 juin prochain). Une sanction qui apparait disproportionnée pour une simple déclaration d’après match, certes déplacée. De toute évidence, cette décision de la commission de la discipline de la LNR vient davantage sanctionner la personnalité et le franc-parler du président du RCT que sa simple réaction à chaud, à l’issue du match face à Clermont. L’occasion était trop belle pour pouvoir la manquer.
Concrètement, cela ne va cependant pas changer grand chose à la vie du boss du RCT. Il pourra ainsi continuer à gérer tranquillement le club et sera juste contraint de suivre les rencontres du « Ercété » depuis les tribunes. Comme tous ses homologues, en réalité. Sachant que le président des Rouge et Noir aime se situer au plus près de ses joueurs (dans les vestiaires, au bord du terrain) cela s’apparente davantage à une punition enfantine qu’à un châtiment.
Il n’empêche que cette affaire appelle quelques constats. D’abord, il est amusant de noter qu’en France, nous pouvons (et heureusement !) chanter des textes engagés, écrire des ouvrages à charge sur un président de la République en exercice, faire preuve de satire à l’égard des politiques et célébrités, etc. mais que nous devons peser chaque mot dès lors que nous sommes licenciés de rugby. Autre point notable : le manque total de transparence. Alors que l’audience de M. Boudjellal devait être rendue publique, M. Guers, président de la commission de discipline de la LNR, a prétexté, au dernier moment, mercredi, une salle trop exigüe pour pouvoir accueillir les journalistes présents (sic), tout en promettant d’offrir l’enregistrement vidéo. Or, nous apprenions, hier, que ce dernier ne serait finalement pas rendu public. Enfin, il me semble qu’il existe un certain manque de cohérence et de partialité chez la LNR. Comment expliquer, sinon, que Pierre Berbizier et Sébastien Chabal qui avaient également, la saison passée, remis en cause l’arbitrage aient écopé de soixante jours de suspension (ramenés à trente pour le joueur, en échange de travaux d’intérêt général). Le terme « sodomie » vaut-il, à lui tout seul, soixante-dix jours ? Par ailleurs, partant du postulat qu’il est interdit de critiquer un arbitre, comment cela se fait-il que M. Labit, co-entraineur de Castres, n’est même pas été convoqué en commission de discipline suite à une sortie appuyée lors de la défaite de son équipe, au Racing, en octobre dernier ?
Toute cette mascarade correspond t-elle aux valeurs du rugby, expression pompeuse si souvent rabâchée ? Le bafouement de la liberté d’expression et l’absence de transparence en font-elles parties ?
Quoiqu’il en soit, Mourad Boudjellal devra purger sa peine avant de pouvoir retrouver la pelouse et les vestiaires de Mayol. Aux dernières nouvelles, il ne comptait pas faire appel (qui ne serait pas suspensif). Il remplacera numériquement Olivier Missoup dans le rôle du banni. Nous attendons d’ailleurs avec impatience le nom de la prochaine victime toulonnaise de la commission de discipline. À vos paris.

